Oui, alors je te vois venir de loin, pensant déjà que je vais t’en remettre une couche en disant que le bus c’est rien que pour les pauvres, que c’est sale et que ça pue là d’dans et touça touça.
Mais non, je ne vais pas revenir sur ces clichés puisque tu sais comme moi qu’ils n’en sont pas et que c’est vrai.
Je vais plutôt te raconter de l’anecdote.
Pas très renseigné sur les lignes de bus, je me suis rendu compte ya quelques jours que l’arrêt de bus juste en face de chez moi pouvait me déposer juste devant mon travail chez les pauvres là où on retourne une pancarte sur les toilettes.
Tu avoueras qu’il était temps que je m’en aperçoive vu que je termine mon contrat de neuf mois dans quelques semaines.
Donc depuis quelques jours, je prends le bus. Oui.
Et l’autre soir, il était ‘achment rempli de gens que je savais même pas qu’on pouvait mettre autant de personnes dans un seul bus.
Alors les gens ils étaient pas contents parce qu’ils avaient chaud et qu’ils étaient trop serrés.
Et le chauffeur il criait très fort comme si on était du bétail pour qu’on se serre encore plus vu que tout le monde n’arrivait pas à rentrer.
Alors j’ai dit : « Mais Monsieur, c’est plein, on est carrément les uns dans les autres là, ils n’ont qu’à prendre le prochain ! »
Et le Monsieur chauffeur il s’est retourné et m’a hurlé que non, qu’on avait qu’a se serrer, qu’il fallait que tout le monde rentre, qu’il ne voyait pas pourquoi il me porterait à moi et pas à ceux qui restent sur le trottoir, et que c’était vraiment inadmissible de refuser que les gens montent alors que moi, j’étais « confortablement » installé qu’il a dit. Oui, confortablement installé. Genre.
J’ai voulu répondre mais la Dame à coté de moi, en tournant légèrement la tête m’a fait gober son chignon.
Finalement, on a pu partir.
Au premier arrêt, la porte s’ouvre, mais personne ne voulait descendre et une dizaine de personnes supplémentaires voulait monter, sachant que le bus était toujours farci comme un ravioli !
Y avait notamment une Dame (très grosse avec les cheveux tout mal peignés) qui s’est mise a hurler en disant que c’était pas possible qu’elle reste sur le trottoir, qu’elle avait des trucs super importants à faire et qu’il y avait certainement des gens dans ce bus qui n’avaient rien à y foutre, et qu’il devait donc descendre pour lui laisser la place.
Un monsieur tout près de la porte lui a gentiment répondu que le bus était plein et qu’il fallait qu’elle attende le suivant.
La Grosse Madame l’a regardé et lui a crié un très élégant : « Merde toi !!! »
Et à coté, y avait aussi une dame qui s’était coincé le pied dans la porte, et qui commençait à rouspéter que ça lui faisait mal et touça. Et comme pour montrer une fois de plus sa délicatesse, la Grosse Dame, lui a dit : « Mais qu’est ce que vous allez vous coincer le pied là-bas vous aussi ! Quelle conne vous faites ! »
Et comme la Grosse Dame voyait qu’il n’y aurait pas de place pour elle, elle a dit : « Puisque c’est ça, le bus partira avec moi ou il ne partira pas ! »
Et tout naturellement, elle est allée s’asseoir sur la route, devant le bus, pour l’empêcher d’avancer.
Ce cirque a bien duré plusieurs minutes ce qui a bien évidement créé un embouteillage.
Finalement, la porte arrière s’est ouverte, la Grosse Madame a pu rentrer, et le bus redémarrer.
Alors le Chauffeur il était encore moins content et il a dit que de toute façon, on n’avait qu’à se serrer un peu plus ou alors descendre pour prendre un autre bus (vu qu’on avait que ça à foutre.)
Le Monsieur près de la porte il lui a répondu qu’on était déjà trop serré et que c’était inadmissible de voyager dans des conditions pareilles pour le prix annuel de l’abonnement.
Le Chauffeur : « Qu’est ce que t’as à te plaindre toi ? Ta gueule et va bosser au lieu de te critiquer !
Le Monsieur près de la porte : Mais je travaille moi aussi, t’es pas le seul, et ton salaire c’est moi qui le paie toute l’année, alors tu fermes la porte et tu roules et tu fais pas chier ! »
Et puis, ils ont continué à s’insulter jusqu’à ce que le Chauffeur décide de s’arrêter sur le coté et de se mette à hurler : « Maintenant ça suffit, tout le monde descend et je rentre au dépôt ! »
Là, tout le monde s’est mis à crier que c’était inadmissible, et qu’on avait chaud et qu’on voulait rentrer chez nous, et qu’on voulait notre Mère.
Comme les voitures de derrière klaxonnaient gravement et qu’elles en avaient marre de voir le bus s’arrêter dix minutes, puis repartir, puis s’arrêter de nouveau, etc… le chauffeur a décidé de redémarrer.
J’ai quand même pu parvenir jusqu’à mon arrêt. Nous étions deux à descendre.
La Grosse Dame et moi.
Elle habite donc mon quartier…